lundi 16 octobre 2017

Lignes

Je manquais d'air. Alors j'ai fermé
la porte à l'amour. A triple clé 
à double tour. Et j'ai jeté
les clés au fond de la Garonne.

J'étouffais encore davantage. j'ai voulu 
rouvrir mais n'avais plus le trousseau.
J'ai pris la masse et fait voler
le mur où la porte était scellée.

Me voici sans porte sans mur sans clés
exposé aux quatre vents d'Aphrodite
à la merci des regards de l'Aurore

Me voici frêle autant que j'étais fort
Me voici coeur à nouveau d'écolier
Ecrivant cent fois : Je n'aimerai plus jamais.




Marées

C'est une île aux confins
de la terre et de l'inconnu
qu'un courant circulaire amuse
au gré des marées de lune

Une mouette compte les heures
qu'elle occupe à embellir la rive
de son rire et de son vol
et de sa démarche hâtive

De temps en temps elle admire
le large, l'inconnu, les flots,
puis rêveuse se retire
dans son nid douillet et chaud

Porté par les courants qui tournent
un tronc flotté, chaque matin
salue la mouette et l'invite
à se poser sur son destin

Blanche, elle, et majestueuse
délicatement refuse
d'un coup d'aile et dit : "peut-être
un jour... mais pas ce matin clair !"

Le tronc flotté va chaque fois
faire plus loin son tour de l'île
et chaque fois même réponse
de la mouette magnifique

Or un matin la lune et l'onde
firent porter le tronc luisant
trop loin de l'île à l'âme ronde
hors d'atteinte de l'oiseau blanc

Il vogue à l'infini sans route
dans l'inconnu ou entre deux eaux
La rive est loin. Reste le doute.
Le temps effacera son lot.


Point de non retour

L'enfant tient à peine sur ses deux jambes
il apprend tout juste à marcher
La marche est petite devant lui
mais il veut la descendre debout

Alors il hésite, balance, juge et tente.
Il sait qu'il existe un moment de risque
un point de non-retour. Il tombera
ou bien sortira victorieux de ce pas.

L'homme apprend à peine à aimer
qu'il doit déjà s'engager sur la route
qui se construit jour après jour

Il sent que l'attend un moment de choix
un point de non retour. Il vivra
ou sombrera dans la grise survivance.



vendredi 6 octobre 2017

Dans sa barbe il me raconta:

Très tôt j'ai troqué
la bouée jaune en plastique
que ma mère prévenante
m'avait moulé autour du coeur
contre une barque en nuage
sans voiles ni quille ni rames
mais équipée d'une boussole
qui pointait nuit et jour vers toi.

J'ai vogué
comme seule l'écume sait faire
sur mes vaguelettes premières
seul et léger

Puis j'ai baptisé ma barque
du nom du premier soleil
dont l'horizon de l'enfance
accouchait à chaque réveil
Baptisée dans la foi du monde
d'immatérielles aurores
de chants latins juifs archaïques
tatoués dans un coeur qui se forge 
pour un destin héroïque.

J'ai traversé ma première mer
celle qui forme et transforme
en homme l'enfant
en muscle le tendre
en sûr le peut-être 
en contrat le serment
dans ma barque aux voiles neuves
sur les ondes fécondes
des nuits de rassurance
en équipage au long cours

Et l'océan éclectique
les remous épileptiques
les courants trop forts trop  doux 
les lagons du Pacifique
la splendeur des atolls interdits
moi Robinson toi Vendredi
je les ai subis l'âme en gloire
et redoutant la débâcle
d'une barque sans barre
aux ordres d'un commandant ivrogne

Dans le calme après la tempête 
j'ai vendu ma barque
et emprunté un ferry
lourd aux lignes régulières 
Je n'ai plus risqué la noyade
Je n'ai plus embarqué d'eau maussade
ni trempé dans les flots mes mains dures
Mes traversées courtes ou longues
suffisaient à faire mon tour du monde
sans péril sans feu sans joie.

Pourquoi...
Pourquoi et quelle naïade envoie
croiser mes rails d'Ouessant
ce voilier frêle et qui me nargue 
sifflant dans ses pavillons 
des chants qu'il ramène d'Orient
des rires pêchés dans le vent
des Îles sous le Vent?
Pourquoi Neptune moqueur 
perfore ma coque en acier
et m'inonde d'eau claire oubliée?

J'abandonne en lâche capitaine
un pont qui rouille, les cuves pleines
de précieux mazout encore pourtant.

Et plonge dans la mer tyrannique 
et rembarque dans l'insécure esquif
sans cabine ni toit ni assurance
dans la fragile et magique clarté
qui me permet de tutoyer les galaxies.





Sisyphe

Lundi
J'ai monté dans la barque 
j'ai empoigné les rames
j'ai mis cap à la source
le courant m'en éloigne
j'ai souhaité battre nature
l'arbre rit de mon rêve
Ah! vouloir l'impossible !!!

Mardi
Ah! vouloir l'impossible !!!
J'ai monté dans la barque 
j'ai empoigné les rames
j'ai mis cap à la source
le courant m'en éloigne
j'ai souhaité battre nature
l'arbre rit de mon rêve 

Mercredi 
L'arbre rit de mon rêve
Ah! vouloir l'impossible !!!
J'ai monté dans la barque 
j'ai empoigné les rames
j'ai mis cap à la source
le courant m'en éloigne
j'ai souhaité battre nature

Jeudi
J'ai souhaité battre nature
l'arbre rit de mon rêve
Ah! vouloir l'impossible !!!
J'ai monté dans la barque 
j'ai empoigné les rames
j'ai mis cap à la source
le courant m'en éloigne 

Vendredi
Le courant m'en éloigne
j'ai souhaité battre nature
l'arbre rit de mon rêve
Ah! vouloir l'impossible !!!
J'ai monté dans la barque 
j'ai empoigné les rames
j'ai mis cap à la source

Samedi
J'ai mis cap à la source
le courant m'en éloigne
j'ai souhaité battre nature
l'arbre rit de mon rêve
Ah! vouloir l'impossible !!!
J'ai monté dans la barque 
j'ai empoigné les rames

Dimanche 
J'ai empoigné les rames
j'ai mis cap à la source
le courant m'en éloigne
j'ai souhaité battre nature
L'arbre rit de mon rêve
Ah! vouloir l'impossible !!!
J'ai monté dans la barque ...


mercredi 4 octobre 2017

Neptune

Je suis poisson gris dessous l'étrave
tourbillon sale aux doigts de sable
chaînon rouillé d'ancre orpheline
branchage flottant ignare à la surface

Je suis plume de mouette dans la vase
bouée noyée sous trop plein d'algues
compas au nord bloqué sur l'axe
blessure gratuite de girouette
cri qui se perd entre deux marnages

Je suis le reflet du soleil sur la vague
l'écho des sirènes après le bel âge
la chevelure bouclée des légendes celtes
que les haubans répètent dans le haubanage

Je suis la force vive que d'autres ignorent
le lion tapi dans l'ombre de l'audace
l'amour déguisé en rêve d'hibernage
la flamme dévoreuse qui joue la bougie sage

Je suis celui qui peut dans ses mains de Titan
broyer le mensonge des cités sans nombre
et dans ses bras hors d'âge de Léviathan
te bercer dans la douceur, amie, amante, aimée dans l'ombre.


Alterdanse

Au gré des marées
au gré des courants
la poupe se pavane et danse

Et la ligne de foi
que l'amarre entrave
décrit des ronds dans l'eau et danse

Et moi qui m'amuse
à voir glisser la rive
qui d'un bord à l'autre danse

je suis surpris la nuit
par le jeu que la Lune
entre les hublots s'invente

Elle passe opportune
d'une ouverture à l'autre
se déguise se cache et danse

tandis que je te cherche
corps nu sur sa surface
qui ris cours batifoles et danses



mardi 3 octobre 2017

Coule

J'écoute sur l'onde passer le temps
et le temps passe sans bruit sans heurts
Il coule et glisse et frôle à peine
ma peau mon âme et la carène

du bateau. Et me reviennent les tic-tacs
bruyants usants des temps des villes
martelant un rythme d'autre ressac
aux cerveaux solides d'isolés dociles.

Mon tic-tac se dissoud dans le fleuve brun
tic devient ce que mes yeux perçoivent
tac devient ce que mon coeur entend

Et le temps de vie pénètre dans mes veines
en doux balancier qui alterne sans sons
les beautés du monde avec ton prénom

lundi 2 octobre 2017

À moitié

Partir oui
mais pas tout à fait...
Larguer les voiles oui
mais vérifier le moteur...
Quitter la terre ferme oui
mais en gardant l'annexe

L'annexe
l'extension
le fil d'amarrage flottant
la bouée motorisée qui
comme un numéro d'urgence
fait qu'on ne fuit qu'à moitié

Ou selon comment on voit le verre
fait qu'on est à moitié courageux.

C'est au moment où le moteur de l'annexe
lâche
où les rames sont
contre le courant
inefficaces
que l'urgence fait décupler l'énergie
des bras des idées des mains

L'annexe est cette illusion de facilité
qui rend le départ moins abrupte.


mercredi 27 septembre 2017

Démission

Le matin m'a surpris
et le réveil
perdu dans des pensées
d'amitiés et de questions

Une amie crée son travail
une autre quitte le sien

Et je me plais à me réjouir
pour l'une comme pour l'autre.

Je me suis surpris à me dire
que peu importe en vérité
si courage ou si lâcheté
si fuite ou projection

Seul compte au bout du voyage
que les caps choisis l'aient été
guidés par la liberté.

mardi 26 septembre 2017

Song

Je crois que si je devais mettre une musique pour ce blog, ce serait cette pépite trouvée sur Youtube.
Dommage que les faiseurs d'or soient si rares et si avares !

L2 Ingallz Project

lundi 25 septembre 2017

Métaphore

Prendre la voile
quitter les îles

Part-on chercher
un ailleurs facile?

Quitte-t-on le sol
par peur de l'effort?

Quand l'impossible pèse
plus que l'honnête sort
on fait bien de tourner
le dos à nos intrigues.

Qu'il en faut du courage
pour fuir ce qui nous blesse
quitte à blesser en somme
la fragile inaventure!


dimanche 24 septembre 2017

Repas

9 heures
le trac
dans le cockpit

Puis tout très vite
se met en branle
et me voici 
sur la Charente ! 



Forcé d'aller
droit vers l'avant
pour confirmer
que tout va bien...


Le moteur vroume
et teuf-teuf-teuf
et floc floc floc
et me rassure


Poussons plus loin
l'aventurette
après l'Hermione
un ponton chouette



Lieu noir pêché
au supermarché
Plancha d'Henri
Couteau du Brésil


Sieste dominicale
le bateau à l'escale
la balade s'achève
la vie vraie le rêve


Date

A prononcer  à l'anglaise
aï got eu déïtt

Comme l'ado se prepare
trois semaines à l'avance
au rendez-vous que lui offre
le oui d'un premier flirt

Je me fais beau. Je complote
Je me flippe les scénarii
et me choisis la dégaine
de star de sea-movie.

Pétochard caméléon
Long John Silver en dehors
et advienne que pourra

Aléa jacta est, je me jette à l'eau
et comme un lonely cowboy
je me perds dans les horizons





samedi 23 septembre 2017

Demain

Qui dort?
qui peut dormir ?
Mise à l'eau au matin de dimanche...

La première marche d'un escalier
que je descends à l'aveugle

qui me mènera aux Marquises
ou à l'échouage
ou à mille destins intermédiaires.

Faut être fou à mon âge
de cette folie exquise
pour lâcher les amarres
qui me relient à la terre.

Terre
que le temps réduit
mystères
encore à découvrir
Rien ne tient
ni me retient
alors pourquoi ne pas partir?

Mon corps suivra mes rêves
puisqu'aucun corps aucuns bras
n'ont besoin des miens pour vivre

J'ai fait mon temps, j'ai fait
ce que je crois on attendait de moi
Demain j'entame une descente
qui me fera connaître la vérité
de mon désir d'enfance.

Suis-je le fou? le courageux?
Suis-je le lâche que la vie effraie?

Je fuis le connu la bêtise l'inutile
répétition des jours jour après jour
Et je me lance dans une autre routine
avec d'autres couleurs d'autres bêtises
sans limite

Demain
démarre
l'étrange largage
des amarres